DIR 2011 à Palma de Mallorca: Dialogue ou impasse?

 

DIR 2011 à Palma de Mallorca: Dialogue ou impasse? dans Afrique des Grands lacs ou d'ailleurs p007_0_1

Du 25 au 27 Mars 2011 s’est tenue dans la ville de Palma l’édition 2011 du Dialogue Inter rwandais. Palma est la capitale d’île de Majorque. Celle-ci constitue une communauté autonome des Iles Baléares en Espagne.

 

En lisant certaines publications,  on constate  que le nom Majorque (Mallorca) évoque pour beaucoup l’exotisme à la porte, les vacances et le tourisme de masse. Les agences de voyage en vantent le charme et la beauté. Pour les amateurs d’histoire, il évoque aussi le séjour de quelques personnalités historiques célèbres tels le musicien Frédéric Chopin et l’écrivaine George Sand. Pourtant, parmi les centaines de milliers de touristes qui s’y pressent chaque année, bien peu savent que l’île de Majorque est le théâtre d’une anomalie historique unique au monde: la persistance jusqu’à nos jours d’une communauté de descendants de juifs convertis de force au catholicisme en 1435: les Chuetas. Ce sont des  » juifs malgré eux « . On sait aussi que l’île a connu beaucoup de tumultes au cours de l’histoire, dues aux différentes conquêtes des puissances qui s’emparaient tour à tour des îles Baléares. Chaque domination a pu y laisser bien entendu des traces de sa culture.

 

Mallorca peut ainsi  apparaître pour certains comme étant un centre de conglomérat de cultures, y compris des éléments de la culture musulmane, car les Baléares furent occupées également par les musulmans au début du 10 siècle. Les îles seront reconquises plus tard par des rois chrétiens, et le christianisme devait marquer depuis le peuple majorquin jusqu’à nos jours comme étant la principale religion. Qui aurait pu penser que c’est ce même peuple qui pouvait s’intéresser à la résolution des conflits incessants entre les Rwandais, jusqu’à porter son soutien sans réserve au Dialogue Inter rwandais? C’est ce qui s’est réalisé en tout cas, et les autorités de Palma ont permis à maintes reprises que les séances du Dialogue inter rwandais puissent se dérouler à Mallorca. Les Rwandais seraient-ils donc disposés à profiter de ce soutien inespéré de Mallorca pour s’atteler à la tâche d’organiser un dialogue franc et efficace pour leur réconciliation ? C’est ce que, bien sûr, toutes les personnes de bonne volonté souhaitent de tout leur coeur.

 

L’édition 2011 du DIR aura laissé certainement aux participants la ferme volonté d’oeuvrer pour la réconciliation du peuple rwandais. L’événement qui a particulièrement marqué la rencontre aura été sans aucun doute la Conférence de Presse suivie par la réception et puis une rencontre avec les autorités de Mallorca. Cette rencontre qui s’est tenue au coeur du château de Bell ver, restera inoubliable pour les participants au DIR. Les autorités de Mallorca ont renouvelé les promesses de soutien sans faille à ceux qui veulent dialoguer. Pourtant, l’on peut se demander avec raison si les Rwandais pourront réellement user de cette chance, tant les questions restent en suspens quant à ce qui concerne le tenue du Dialogue inter rwandais hautement inclusif.

 

1. Une organisation questionnable!

 

Depuis 2004, il est devenu comme une habitude que chaque année a lieu la tenue du dialogue inter rwandais. Malgré que les débuts fussent si difficiles, du fait que les Rwandais manifestaient une certaine fermeture quant à vouloir oser un dialogue, les organisateurs auront eu le mérité d’avoir persévéré, car ils croyaient visiblement en l’efficacité de leur démarche. D’aucuns ne manquent pas de désigner l’évolution dans la compréhension de la problématique rwandaise comme l’effet des efforts du DIR. Il est bien connu que les mandats espagnols lancés contres les hautes autorités rwandaises  pour leurs exactions n’auraient pas été possibles sans la pression exercée par les amis espagnoles qui soutiennent depuis les débuts l’initiative du DIR. L’on se souviendra aussi que Juan Carrerro, une personnalité qui a fait preuve d’une volonté particulière en faveur de la tenue du Dialogue inter rwandais, a pu une fois faire une grève de la faim de 40 jours à l’union européenne, afin d’exiger que la communauté internationale puisse se pencher sur le problème rwandais et demander la fin des exactions répétées du pouvoir du FPR au Rwanda. Les Rwandais, face à cet exemple de courage et d’abnégation pour leur cause, on finit par saisir le message : Le pays saura sauvé par ceux qui acceptent le sens du sacrifice pour le bien de tout le peuple rwandais. Le message qui fut particulièrement reçu par les leaders politiques de la diaspora et partisans de première heure du Dialogue inter rwandais tels que Deo Mushayidi et Victoire Ingabire Umuhoza, sera mis en pratique. Actuellement, Mushayidi et Ingabire Umuhoza se trouvent dans les geôles du FPR, suite à leur décision d’oser défier le pouvoir du FPR sur place, mais l’espoir qu’ils ont fait naître au peuple rwandais reste indéniable. Beaucoup sont ceux se sentent pour le moment disposés à mener à bout l’action commencée par Deo Mushayidi et Victore Ingabire Umuhoza.

 

Malgré le pas franchi grâce au dialogue, l’on ne peut pas s’empêcher de se poser des questions sur l’organisation du dialogue en tant que tel. D’abord, il y a l’impression que les promoteurs du DIR veulent lui donner une ligne statique, plutôt que dynamique. A part la volonté suscitée pour lutter contre la dictature du FPR au Rwanda, les vrais problèmes qui sont à la base de la situation problématique que nous connaissons sont rarement abordés en toute franchise. A suivre le cours des discussions, on a l’impression que les gens pensent que si le FPR et Kagame parvenaient à tomber, que ce serait automatiquement la solution définitive du problème rwandais ! A vrai dire, les organisateurs font tout leur possible pour éviter des problèmes de fond.

 

Certes que le temps décerné aux débats est compté et que cela influe sur le déroulement du dialogue. Cependant, il devient nettement visible aux participants que certaines questions sont esquivées à volonté, ce qui fait se demander si une  volonté de manipulation ne se faufilerait pas par hasard derrière les bonnes intentions ! Un autre point questionnable, c’est que l’assemblée constituante du DIR change chaque année est que la façon de choisir les participants n’est pas transparente. Il est difficile dans ces conditions crées de poursuivre le suivi des décisions, puisque les problèmes traités restent presque les mêmes chaque année.

 

Les organisateurs se défendent à propos de cette façon de travailler par l’argument selon lequel le dialogue resterait toujours au niveau du DIR (Simple dialogue), et qu’une structure plus perfectionnée, le DIRHI, n’est pas toujours opérationnelle. Ce serait probablement cette structure qui pourra aborder tous les problèmes avec une organisation efficace. Apparemment donc, les efforts des organisateurs se concentreraient pour le moment à faire campagne pour intéresser les gens au dialogue des rwandais, et que cet objectif serait atteint avec l’organisation d’un dialogue proprement dit. L’explication fournie peut être compréhensible, mais cela ne peut pas justifier cette façon de vouloir mener le dialogue selon une pensée unique et surtout cette volonté d’esquiver des problèmes fâcheux. Les organisateurs auraient plutôt intérêt à assurer le suivi des décisions et surtout à ne pas perdre le public déjà acquis à l’idée de la tenue du dialogue.

 

2. Le but encore flou du dialogue.

 

Jusqu’ici, il a été question lors des débats sur le dialogue, d’arriver à amener le FPR à entrer en dialogue avec ceux qui voient les choses autrement. Malgré que celui-ci soit toujours invité dans les séances du dialogue, le FPR a toujours préféré y opposer le silence et l’absence. Les responsables du parti au pouvoir préfèrent plutôt un dialogue à leur façon. Une conférence dite de cordialité est organisée à chaque fin d’année à Kigali et destiné aux membres de la diaspora. Il est très probable donc que le FPR n’acceptera jamais un dialogue franc avec ses opposants. Faut-il, par conséquent, continuer à penser que le FPR acceptera finalement le dialogue ? C’est l’illusion que nourrissent bien sûr les organisateurs du DIR. Aux participants, il est toujours demandé, selon la méthode de travail préconisée, de proposer les voies et moyens d’emmener le FPR à accepter le dialogue. Les solutions proposées presque unanimement par les participants abondent toujours dans le sens de faire pression sur le FPR,  définir les moyens pour l’affaiblir, et surtout chercher comment faire partir le Président Paul Kagame jusqu’ici considéré comme le principal obstacle à l’unité des Rwandais. Quand la question se pose pour savoir comment le DIR peut prévoir la façon de mettre ces solutions en pratique, les organisateurs préfèrent tout le temps fuir devant cette responsabilité d’organiser la mise en application des solutions. Selon eux, c’est aux politiciens de voir la manière de mettre ces solutions en pratique. Ainsi le DIR se veut être une structure qui traite les problèmes politiques, mais qui voudrait se montrer apolitique quant à la façon d’y trouver des solutions. L’observateur serait tenté de voir dans cette façon de concevoir le déroulement du DIR comme une forme d’hypocrisie qui caractérise les Rwandais en général. Le DIR, tel qu’il est conçu et organisé jusqu’ici ne peut pas prouver en tout cas son caractère apolitique.

 

3. Quand le vin est tiré, il faut l’avaler !

 

Sûrement que le lecteur reste sur sa soif quant à la compréhension des objectifs du DIR. Il y en a certainement qui penseraient qu’il s’agit dans le DIR d’une formule magique trouvée et qui pourrait résoudre tous les problèmes rwandais en un laps de temps. Cependant, l’avis général, c’est que le plus gros de la tâche dans l’organisation du dialogue reste à faire. Le DIR, comme un groupe de pression, tel qu’il entend mener à la solution du problème rwandais, est loin de se présenter comme une structure apolitique, alors que tout ce qui est traité lors des débats n’abonde que dans le sens de la recherche des solutions politiques. Un groupe de pression peut certes s’occuper à organiser du lobbying, mais sans la volonté de suggérer aux politiciens la façon de résoudre des problèmes posées, le Dialogue perdrait tout sons sens. Le dialogue devrait normalement aller jusqu’au bout des objectifs, proposer des ébauches de solutions des problèmes, et surtout essayer de ne pas laisser certains problèmes sensibles en suspens.

 

Conclusion.

 

L’on a entendu les habitants des régions voisines du Rwanda, surtout au Congo, répéter les mots souvent amusants qui se réfèrent à leurs cultures gastronomiques. C’est ainsi que les Bashi aiment à dire dans leur conversation courante quand ils pensent à la meilleure façon de se servir leurs aliments préférés. Ainsi donc, si le Dialogue Inter rwandais est vraiment d’une nécessité vitale pour les Rwandais, il faudrait dire comme les Bashi: „Kuwukata, Kuwudodobeka, Kuwuhirika“. En mettant en évidence ces trois mots, les Bashi veulent aussi souvent faire signifier que s’il y a deux actions en relation, avec la troisième action qui est la conséquence de deux premières, il serait insensé de renoncer à la troisième action qui est la plus importante. A quoi sert donc de fournir des efforts pour une action, s’il faut à la fin laisser celle-ci en suspens. A l’aide de cette illustration, on peut être en droit de proposer aux organisateurs du DIR d’oser aller à la fin de la besogne. Le Dialogue inter rwandais s’est avéré comme étant une manière possible de résoudre les problèmes rwandais, et non de les esquiver ou de les laisser en suspens. On pourrait penser fin des fins que si le FPR continue à refuser le dialogue et que cela constitue un blocage pour le DIR,  que celui-ce devrait se passer bien du FPR pour poursuivre ses objectifs. Si le dialogue pouvait amener les Rwandais de bonne volonté à échanger  franchement entre eux, l‘opposition du FPR au dialogue ne serait pas un obstacle majeur. Si plusieurs indices montrent plutôt que le FPR n’acceptera jamais de ce processus d’échanges, mieux vaut donc organiser le dialogue tout en prévoyant que le FPR ne l’acceptera pas et y tirer les conséquences qui s’imposent sans qu’on ait à nourrir des illusions.

 

Théophile.

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V.aussi: DIRHI-DECLARATION D’ENGAGEMENT DE PALMA DE MALLORCA

Quelques photos des participants au DIR 2011

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